L’histoire de Sébastien Boueilh

Landes : Victime de viols, il crée une association pour briser le silence

Publié le 18/06/2013 à 06h00 | « Sud-Ouest »
Par Aurélie Champagne

sebastienBoueil

L’association Colosse aux pieds d’argile vise à sensibiliser sur la pédophilie dans les milieux sportifs.

Sébastien Boueilh, président de Colosse aux pieds d’argile, mènera des actions de sensibilisation auprès des clubs sportifs dès la rentrée de septembre. (Photo Nicolas Le Lièvre).

Durant trois jours de procès en mai dernier, devant la cour d’assises des Landes, il a ôté leur cuirasse, cassé leur image d’hercules pour montrer leurs blessures, est passés au-dessus de la honte et de la culpabilité pour décrire les viols dont il a été victime, dans les années 90, à Téthieu, quand ils n’avaient que 12 ans.

Le soir même de la condamnation de son agresseur à dix ans de réclusion criminelle, Sébastien Boueilh a voulu donner un sens à ces années de souffrance qui l’ont enfermées « dans un monde de haine ».

Entouré de ses proches, il a créé l’association Colosse aux pieds d’argile – expression utilisée par son avocat durant l’audience – dédiée à la prévention et la sensibilisation aux risques pédophiles dans les milieux sportifs.

Elle est abritée dans les locaux du club Saint Paul Sport rugby, qui prête ses installations.

« Cette association fait partie de ma reconstruction, explique Sébastien Boueilh, président de Colosse aux pieds d’argile. Mais elle est surtout là pour aider d’autres victimes. Pendant le procès, je ne dormais pas la nuit, je cogitais. Je me disais que j’étais parvenu à parler de ce que j’avais subi mais que d’autres personnes n’y arrivaient pas. »

Le relais des réseaux sociaux
L’association Colosse aux pieds d’argile souhaite aller encore plus loin en accompagnant les victimes de viol et en les aidant à libérer leur parole, via les réseaux sociaux et une adresse électronique (1), de manière anonyme.

« Durant le procès, je postais tout sur Facebook, note Sébastien. J’ai eu des retours de victimes qui n’ont jamais parlé de ce qu’elles ont subi. On est en train d’aider une fille qui s’est déclarée il y a dix jours et qui est dans une spirale destructrice. » Ce mardi, la jeune fille a rendez-vous chez un psychiatre.

« Avec Mathieu, on a été victimes de viols, de 12 à 16 ans. Quand on a réussi à en parler, on en avait 30. On est passé par-dessus le regard des autres, par-dessus le fait de se sentir coupable. On peut aider les personnes car elles ne seront peut-être pas soutenues dans leur entourage. Et puis, on sait de quoi on parle… » Dans cette mission délicate, Colosse aux pieds d’argile s’est rapprochée de l’association d’aide aux victimes, l’Adavem. « Ma psy, qui est victimologue, me donne beaucoup de conseils aussi. Je ne peux pas être seul dans cette action. »

Pour le jeune homme, il est urgent que les victimes parlent. « Pour les victimes de viol nées en 1975, c’est la dernière année pour porter plainte puisque la prescription intervient 20 ans après la majorité. Pour les attouchements, c’est la dernière année pour les personnes nées en 1980. Le silence bouffe la vie. Si on peut les soutenir dans cette démarche et casser cette barrière, ce sera une victoire. Pour moi, le procès a tout changé : je suis passé d’un monde de haine au monde des bisounours. Ça a resserré les liens avec toute la famille. »

 

  • « Bonjour et chapeau pour votre démarche! Mes enfants sont dans un club de rugby et je souhaiterais vraiment que votre asso et prévention puisse y faire une sensibilisation sur ce thème encore tabou mais tellement important pour tous, victimes ou pas."
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  • « Les tabous sont encore trop ancrés, surtout par ici !
    J'espère que le courage de ceux qui ont lancé l'association
    aidera à casser ces tabous et à briser le silence !
    Donc je le redis : merci à l'Association d'exister ENFIN ! »
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